| Mise en oeuvre
> Suivi et évaluation
Quel type de suivi ?
Dans le cadre de la réforme hospitalière, la mission
de suivi et d’évaluation confiée à la
structure chargée de la tutelle peut être de deux types :
- Suivi du processus de la réforme, des étapes
décidées dans les documents de définition
de la réforme hospitalière. Ce suivi doit permettre
une dynamique de la réforme et éviter des temps
de latence trop nombreux. L’évaluation des expériences
passées permet une meilleure définition des étapes
suivantes.
- Mais aussi suivi de la mise en œuvre effective des décisions
au niveau opérationnel, c'est-à-dire dans les hôpitaux.
En effet, il faut s’assurer que les décisions prises
au niveau central ne restent pas lettres mortes. De plus, une
logique d’accompagnement est nécessaire, pour aider
les structures à bien comprendre les changements qu’implique
la réforme hospitalière, par exemple :
- Quel est le rôle des conseils d’administration
ou des comités consultatifs des hôpitaux ?
- Quels sont les objectifs d’un projet d’établissement
(mais aussi ce qu’il n’est pas) ?
- Quel degré de responsabilité a le directeur
d’un hôpital autonome par rapport à la tutelle
mais aussi aux populations ?
- Pourquoi un bon système d’information est-il
important?
- Etc.

Les objectifs de l’évaluation
Evaluer la performance des établissements est essentiel
pour tous les acteurs du monde hospitalier, comme le montre ce texte
du Burkina.
|
Evaluation de la performance des hôpitaux
au Burkina Faso
La mesure de la performance est une entreprise
complexe et souvent astreignante. Elle se justifie cependant
à plus d’un titre.
- Pour la direction de l’hôpital, au niveau
du cycle de planification, la mesure des résultats
obtenus est indispensable pour évaluer les actions
entreprises et justifier les orientations stratégiques.
Comme un pilote d’avion avec son tableau de bord,
un responsable d’hôpital a besoin de connaître
ses performances pour diriger efficacement sa structure.
- Pour les agents de l’hôpital, au niveau individuel,
la connaissance et la reconnaissance d’un travail
fourni sont des éléments essentiels de motivation
. Cette dernière permet une gestion équitable
et un épanouissement du personnel dans son travail.
- Pour les patients et les communautés, la crédibilité
de l’hôpital, et donc l’efficacité
des soins, sera renforcée s’il est connu que
l’hôpital cherche à s’améliorer
en évaluant de manière continue ses résultats.
- Pour les ministères de tutelle, la connaissance
de la performance des hôpitaux est essentielle pour
permettre d’adopter des orientations politiques et
stratégiques appropriées. Elle devrait permettre
une planification rationnelle et une allocation équitable
des ressources.
Source : les indicateurs de performance
des établissements hospitaliers au Burkina-Faso (2001),
ministère de la Santé.
|
Trois points essentiels justifient une attention particulière.
- L’évaluation et le suivi de la réforme
et des hôpitaux permettent de connaître
les réussites, les échecs et les difficultés
rencontrés dans la mise en œuvre du programme
de réforme. En effet, certaines contraintes peuvent n’avoir
pas été bien prises en compte lors de l’élaboration
du programme. A l’inverse, les expériences pilotes
innovantes peuvent être de vraies réussites et méritent
qu’on s’y intéresse de près.
- Cette connaissance rend possible l’adaptation
des étapes en fonction des constats. En effet,
toute mise en œuvre de politique à moyen ou long
terme nécessite une adaptation permanente. Il faut pouvoir
définir les objectifs, mais aussi savoir les revoir et
adapter les stratégies. Cette vision de la gestion de la
réforme favorise l’apport de réponses face
aux difficultés rencontrées : elle doit permettre
de récompenser les réussites, mais aussi, quand
cela s’avère nécessaire, de sanctionner les
mauvaises pratiques.
- La logique de l’évaluation par les résultats
est celle unanimement admise par la communauté internationale
pour attester de l’efficacité de l’aide allouée.
L’hôpital a tout intérêt à mieux
s’inscrire dans cette logique pour faire valoir son activité
au sein des programmes de développement sanitaire qui ont
tendance à le délaisser au profit des soins de santé
primaires. Avoir des indicateurs de résultats tels que
« nombre de stage qualifiants pour des formations,
nombre de missions de supervision… », contribue
à accroître la crédibilité de l’hôpital
et à lui donner la place qui lui revient dans le système
de santé. De plus, l’évaluation couplée
à la diffusion de ses résultats est un moyen de
rendre compte aux populations locales du travail accompli par
l’hôpital et de la réalisation de sa mission
de service public. Cette information à destination des
populations entre dans le cadre de la stratégie « d’empowerment »
des plus pauvres et participe au développement humain dans
son ensemble.

Le suivi par les résultats, exemple en Guinée
|
Résultats
|
Indicateurs
|
|
Le niveau central assure le pilotage et le suivi de la réforme
avec des ressources compétentes
|
- Au moins cinq des cadres de la DNES sont formés
dans le domaine de l’administration de la santé
et des hôpitaux
- Les plans de formation des directeurs d’hôpital
sont mis en œuvre
- Tous les hôpitaux du pays sont supervisés
au moins une fois par an par le niveau central et deux fois
par la direction régionale de la santé
|
|
Les hôpitaux offrent un paquet d’activité
de soins secondaires complémentaires à celui
des centres de santé
|
- 100% des hôpitaux publics offrent un paquet de prestations
essentielles conforme aux indications de la carte sanitaire
- Dans l’ensemble des hôpitaux le taux moyen
d’occupation des lits est égal à 70%
|
|
L’assurance qualité est mise en œuvre
au niveau des structures opérationnelles
|
- Tous les hôpitaux ont un taux de disponibilité
en produits pharmaceutiques essentiels égal au moins
à 90%
- Tous les hôpitaux réalisent le monitorage
de leur activité au moins deux fois par an et mettent
en œuvre un plan d’amélioration
- Au moins 90% des hôpitaux bénéficient
d’une appréciation positive de la part des évaluateurs
externes et de la population.
|
|
Les établissements de soins hospitaliers disposent
des moyens techniques et humains leur permettant d’offrir
des services de qualité
|
- Tous les hôpitaux ont leur cadre organique meublé
- Au moins 20 hôpitaux de district sont rénovés
et dotés en équipements essentiels pour la prise
en charge des affections prioritaires
|
Source : Réforme hospitalière et financement
de l’hôpital en Guinée.

Les conditions du suivi- évaluation
Un bon suivi nécessite :
1. De bien définir les missions :
- De l’évalué. Il faut en effet pouvoir comparer
ce qui a été fait avec les missions dévolues
au départ. Si des échecs sont constatés,
il faut pouvoir en définir les causes : mauvaise gestion ?
non implication ? facteurs exogènes ? A l’inverse,
la réussite ou l’essai d’expériences
pilotes doit pouvoir être récompensé.
- De l’évaluateur : qui doit-il suivre ?
à quelle fréquence ? comment se déroule
l’évaluation, par la structure même ou délégation
à des experts externes ?
|
Ex : Les missions de suivi de
la direction des établissements de soin en Guinée.
La réforme
n’est pas considérée comme une mission
mais comme un processus dont la mise en œuvre et le
suivi doivent être confiés à une structure
pérenne. C’est dans ce cadre que le suivi de
la réforme a été confié à
la direction nationale des établissements de soins
qui, à la fin de chaque année, établit
un rapport d’activité sur les questions hospitalières
et élabore un plan d’action annuel pour la période
suivante. Ce plan est rédigé sur la base d’une
analyse des problèmes rencontrés au cours de
l’année précédente et fait l’objet
d’une validation lors du premier Comité technique
de coordination (CTC) de l’année qui se tient
au cours du premier trimestre.
De façon trisannuelle sont organisées
des journées hospitalières ayant pour objet
de faire le point sur la réforme et de formuler des
recommandations. Participent à ces journées
les administrateurs hospitaliers, les professionnels de santé,
les cadres des départements ministériels, la
faculté de médecine, pharmacie et odonto-stomatologie,
les représentants des bailleurs de fonds, les partenaires
en santé (ONG, ordres et associations professionnelles),
les membres des conseils d’administration.
Il faut signaler que, jusqu’à
maintenant, la société civile et le parlement
n’ont pas été associés à
ces rencontres.
Source : Réforme hospitalière
et financement de l’hôpital en Guinée.
|
2. Un système d’information performant.
Si les activités sont mal enregistrées, le suivi est
rendu beaucoup plus difficile. Cela concours à l’inefficience
du système, parce que :
- la récupération des données va devoir
mobiliser une énergie et des ressources considérables,
qui pourraient être utilisées plutôt à
l’amélioration de la qualité des services.
Si l’information n’est pas disponible et agrégée
dans les hôpitaux, il faut en effet essayer de retrouver
des brides d’information dans chaque service, estimer
l’activité possible à travers des enquêtes
de terrain…
- si les informations sont biaisées, les conclusions
que l’on va en tirer seront fausses. De ce fait les actions
correctives mises en place ne seront pas les bonnes. Cela concours
à la réputation d’inefficacité de
l’hôpital à améliorer la santé
des populations et à la difficulté de celui-ci
à faire reconnaître ses actions dans le cadre des
programmes de développement sanitaire.
Un système d'information performant n'est pas pour autant
un système d'information sophistiqué. Dans un premier
temps les hôpitaux doivent veiller à fournir des
données de base sur l'activité, la mobilisation
et l'utilisation des ressources. Fiabiliser les données
devrait être prioritaire sur la volonté d'affiner
l'information. La cohérence des données passe aussi
par un effort préalable pour bien préciser le contenu
des phénomènes enregistrés. Articuler le
système d'information hospitalier au système d'information
sanitaire national constitue aussi une priorité.

|