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Le financement de l'hôpital > Situation
du financement de l’hôpital
Situation du financement de l’hôpital
Evolution récente des
ressources
La démarche
de décentralisation
La participation des usagers
La tarification des activités de soins
Les subventions d’exploitation
Allocation des ressources
Structure des dépenses
hospitalières dans quelques pays
Evolution de la structure des dépenses :
exemple du Mali
1. Evolution récente
des ressources
Les différentes réformes
de l’Etat, de la coopération internationale, de la
santé ou plus particulièrement du statut des hôpitaux
ont été accompagnées, au cours des dernières
années d’un changement du financement des hôpitaux.
La démarche de décentralisation
a ouvert une nouvelle source de financement. Des fonds spéciaux
ont été mis à disposition des collectivités
locales, à l’exemple des fonds de dotation à
la décentralisation au Sénégal. Cependant,
la part des collectivités locales dans le financement des
hôpitaux reste souvent très limitée. En Guinée,
les subventions des collectivités locales représentent
moins de 0.1% des recettes des hôpitaux. Sur 46 collectivités
devant en principe intervenir, seules 3 ont effectivement fourni
des ressources aux hôpitaux. La multiplication des acteurs
et des procédures entraîne parfois un allongement des
délais d’obtention des fonds ou une rétention
de ceux-ci au niveau des régions ou des communes : au
Sénégal par exemple, des hôpitaux ont subi la
rétention des fonds de dotation à la décentralisation
au niveau des conseils régionaux. Le rôle des collectivités
locales reste marginal et ne représente sur la période
1998-2002 que 3% des dépenses contre 5,4% prévu dans
le Programme de développement Intégré de la
Santé (PDIS).
La
participation des usagerss’est accrue. Dans la mouvance
de l’initiative de Bamako en matière de paiement des
usagers les hôpitaux ont renforcé la tarification de
leurs activités. Ces ressources additionnelles servent principalement
pour :
- Le rachat
des médicaments
- Le paiement
des salaires des contractuels
- Le financement
des outils de gestion de base (fiche d’entrée…)
Avec le statut d’autonomie accordé
à certains établissements la gestion de ces fonds
est souvent plus souple que pour les financements publics. De plus,
l’autonomie ouvrant une possibilité de gestion locale
des fonds, cela a fortement incité les établissements
à développer cette source de financement.
Tableau 1 : Evolution du
produit de la tarification des activités.
| |
Guinée (en millions de F Guinéens)
|
Mali (en millions de FCFA)
|
Sénégal (en millions de
FCFA)
|
|
1999/2000
|
2260
|
1197
|
7156
|
|
2003/2004
|
3885
|
2608
|
12406
|
|
Evolution nominale en %
|
+ 72%
|
+ 118%
|
+ 73%
|
|
Evolution réelle en %
|
+ 46%
|
+ 75%
|
+ 63%
|
Cependant, cette augmentation résulte souvent
plus d’une amélioration de la notification des activités
(contractualisation interne en Guinée, sécurisation
des procédures financières au Sénégal…)
que d’une forte croissance de la fréquentation ( Figure
1).
Figure 1 : Variation des recettes tarifaires et
variation de la fréquentation au Mali et au Sénégal

La part des recettes tarifaires dans
le financement du secteur hospitalier varie fortement selon les
pays : elles représentaient, en 2003/2004, 30% des ressources
des hôpitaux maliens, 20% des ressources des hôpitaux
guinéens et 17% de celles du Burkina-Faso.

La tarification des activités
de soins prend des formes variées.
Les différentes formes de tarification
fournissent des incitations variables tant pour les usagers que
pour les établissements.
- Prix de journée
couvrant plus ou moins l’ensemble des prestations hospitalières
- Tarification
à l’acte
- Tarification
à la pathologie (à l’épisode, au séjour
pondéré)
- Capitation
- Marge sur
prix d’achat (pour le medicament)
- Tarifications
mixtes et hybrides
Dans les faits, les modes de tarification différent
parfois selon les activités. En Guinée, les activités
de consultations sont facturées à l’acte (le
patient paie en plus le médicament et les examens médico-techniques).
En revanche, la tarification de l’hospitalisation est forfaitaire :
le malade paie le même prix quelques soient les prestations
fournies et la durée du séjour.
Dans la majorité des pays, la tarification
est décidée au niveau de l’Etat et imposée
aux hôpitaux. Dans certains cas une fourchette est proposée,
laissant aux conseils d'administration la décision du tarif
au sein de cette fourchette.
Il convient de réfléchir à
la possible adaptation de la tarification :
- Aux différents niveaux de la pyramide
sanitaire : le prix de revient des soins n’est
pas le même dans chacune des structures. De plus, une tarification
différenciée par niveau favorise une meilleure gestion
de la référence, en évitant le recours aux
formations de référence pour des soins de base.
- Au niveau de pauvreté des régions :
dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, une
tarification différentiée, adaptée aux niveaux
de revenu moyen des ménages dans les différentes
régions du pays peut être une solution pour promouvoir
l’équité. La mise en place de caisses de péréquation
permettrait dans ce cas de transférer des ressources des
régions relativement plus riches vers les régions
les plus pauvres du pays.
- Au niveau de la qualité des prestations
annexes : cela permet de dégager des ressources complémentaires
en adaptant les conditions d’hôtellerie aux attentes
des différentes catégories socio-économiques.
Des chambres individuelles peuvent par exemple être proposées
moyennant une participation supplémentaire (Guinée).
Cette adaptation des conditions d’hôtellerie ne doit
pas avoir de répercussions sur les soins, qui doivent rester
les mêmes pour tous. En augmentant la qualité de
ses prestations, l’hôpital public pourra attirer la
clientèle plus favorisée, qui a tendance à
délaisser le secteur public au détriment du secteur
privé. Les ressources supplémentaires qu’il
pourra en tirer permettront de mieux prendre en charge l’ensemble
de la population.
Dans tous les cas, l’information
des patients sur la tarification est essentielle car :
- Elle permet au patient de savoir à l’avance
ce qu’il doit payer. Beaucoup évitent le recours
à l’hôpital car ils craignent les « mauvaises
surprises »
- Elle limite les pratiques malhonnêtes
des personnels (paiement « informel » des
actes, surtarification des actes…)
Les subventions d’exploitation
(fonctionnement)
La croissance des ressources issues de la tarification
ne doit pas conduire à un désengagement de l’Etat
pour les hôpitaux. La mission de service public dévolue
aux hôpitaux impose que ceux-ci conduisent certaines actions
qui ne peuvent être financées par les patients uniquement.
|
Le rôle de la
subvention de fonctionnement
L’octroi de
subventions d’équilibre permet de compenser les
conséquences financières de la réalisation
du service public de santé. Elles sont de deux types :
- des subventions structurelles, qui concernent par exemple
la présence de formations sanitaires dans des zones
de faible densité, où les distances à
parcourir restent souvent considérables (c’est
le cas des régions sahéliennes). La faible
fréquentation des établissements de soins
qui en résulte et l’augmentation des charges
liée à l’importance des frais de transport
ou au versement de primes spéciales au personnel
sont à l’origine de coûts supplémentaires
qui doivent être compensés pour assurer l’équilibre
des comptes.
- des subventions conjoncturelles, qui permettent de compenser
le bas niveau des tarifs par rapport aux coûts de
production. C’est ainsi qu’une césarienne
dont le coût unitaire de production toutes charges
comprises s’élève à 150 000
FCFA pour une qualité donnée pourra être
facturée 10 000 FCFA, à condition qu’une
subvention de 140 000 FCFA soit accordée à
l’établissement qui l’aura produite.
Source : Les hôpitaux
publics des pays d’Afrique francophone au Sud du Sahara
et leurs perspectives ; H. Balique, 1999.
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Les fonds dégagés par l’IPPTE
en faveur des secteurs sociaux ont pu concourir à l’augmentation
des ressources fournies par le budget national (subventions d’exploitation
mais aussi charges de salaires des personnels permanents).
Tableau 2 : Evolution des subventions d’exploitation
Etat.
| |
Guinée (en millions de F Guinéens)
|
Mali (en millions de FCFA)
|
Sénégal (en millions de
FCFA)
|
|
1999/2000
|
1807
|
1845
|
3861
|
|
2003/2004
|
9672
|
3093
|
8807
|
|
Evolution nominale en %
|
+ 435%
|
+ 68%
|
+ 128%
|
|
Evolution réelle en %
|
+ 299%
|
+ 35%
|
+ 114%
|
Ces hausses importantes des ressources montrent
que les hôpitaux ont profité des augmentations de ressources
mises à disposition du secteur de la santé. Il convient
cependant de noter que cet accroissement rapide pose le problème
des capacités d’absorption des établissements.
Ainsi en Guinée, « ces allocations (…)
ont été faites sans tenir compte des besoins et de
la capacité d’absorption des hôpitaux »
D’ailleurs, la faible croissance de l’activité
comparée à l’évolution des ressources
(et donc des dépenses) des hôpitaux illustre ces difficultés.
Tableau 3 : Evolution des charges financées
directement par l'Etat ( notamment salaires des personnels permanents)
| |
Guinée (en millions de F Guinéens)
|
Mali (en millions de FCFA)
|
|
1999/2000
|
4384
|
1077
|
|
2003/2004
|
5445
|
2181
|
|
Evolution nominale en %
|
+ 24%
|
+ 102%
|
|
évolution réelle en %
|
-7%
|
+ 63%
|
Les montants des salaires connaissent une relative
stabilité en Guinée, en raison de la stagnation des
effectifs depuis 1995. En terme réel, le montant des charges
salariales des personnels permanents subit même une légère
diminution. Cette baisse, combinée à la forte augmentation
des subventions d’exploitation au cours des années
2002 et 2003 affecte sensiblement la structure des sources de financement
des hôpitaux.

Figure 2 : Evolution de l'origine des ressources
des hôpitaux en Guinée

Au Mali, les charges financées directement
par l’Etat ont augmenté au cours des dernières
années, du fait du recrutement de personnels supplémentaires
(+ 42,2% de médecins, + 32,5% d’autres soignants et
médico-techniques).


2. Allocation
des ressources
La combinaison de ces différentes
ressources doit permettre aux hôpitaux de s’assurer
un financement certain, pérenne, cohérent et non rigide.
Ce financement leur apporte les ressources nécessaires à
la réalisation de leurs missions.
L’étude de la répartition des
dépenses entre grands postes budgétaires ainsi que
l’évolution de celle-ci permet de déterminer
- quels facteurs de production ont été
favorisés (investissement massif, recrutement de personnels
supplémentaires…)
- Les conséquences sur l’évolution
de la structure des coûts selon la nature des facteurs de
production qui ont été privilégiés
(le recrutement induit des coûts fixes à moyen terme
alors que les consommables sont des coûts variables à
court terme).
- L’impact des choix réalisés
sur la santé des populations : ces évolutions
sont elles accompagnées d’une augmentation de l’activité,
dans quel domaine, avec quels bénéfices pour les
populations ?
Pourtant, malgré la mise en place de cadres
comptables dans les hôpitaux, la synthèse des informations
au niveau national reste rare. Peu de documents fournissent une
analyse de la situation au niveau national. Une telle absence d’analyse
pénalise fortement le secteur hospitalier en donnant une
image peu transparente, peu propice à la confiance pour soutenir
ce secteur.
Structure des dépenses
hospitalières dans quelques pays
Le Tableau 4 montre une structure des dépenses
très proche dans les établissements hospitaliers du
Mali et de Guinée. Bien que la répartition ne soit
pas faite de la même façon au Burkina (les dépenses
en médicament ne sont pas isolées des autres dépenses
d’exploitation), on remarque quand même un poids plus
important des dépenses en personnel dans ce pays (48% contre
seulement 33% au Mali et en Guinée).
Tableau 4 : Répartition des dépenses
hors investissement
|
2003/2004
|
Mali
|
Guinée
|
Burkina
|
|
Médicaments/consommables médicaux
|
33%
|
32%
|
|
|
Personnel
|
33%
|
34%
|
48%
|
|
Maintenance
|
4%
|
|
|
|
Autres dépenses d'exploitation
|
30%
|
34%
|
52%
|
|
Total
|
100%
|
100%
|
100%
|
|
Part des dépenses de fonctionnement dans les dépenses
totales
|
73%
|
|
89%
|
Cependant, cette répartition des dépenses
varie aussi au sein des pays entre établissements. Ainsi
au Burkina-Faso, la part des charges de personnel sur les dépenses
de fonctionnement passe de 33% au CHNP à 64% à l’hôpital
régional de Koudougou. Au Mali, le personnel ne représente
que 16% des dépenses à IOTA et atteint 72% à
l’hôpital de Ségou. De telles variations sont
surprenantes et invitent à s’interroger (i) sur les
choix faits par les hôpitaux en matière d’allocation
des ressources, (ii) sur les différentes contraintes auxquelles
ils font face, (iii) mais aussi sur la qualité des données
fournies par les hôpitaux. Dans tous les cas, ces informations
incitent à développer des outils de contrôle
de gestion systématique.
Evolution
de la structure des dépenses : exemple du Mali.
| |
1999
(en millions de FCFA)
|
2004
(en millions de FCFA)
|
variation
|
|
Médicaments/consommables médicaux
|
1057
|
2611
|
+ 147%
|
|
Personnel
|
1625
|
2594
|
+ 60%
|
|
Maintenance
|
237
|
313
|
+ 32%
|
|
Autres dépenses d'exploitation
|
1134
|
2316
|
+ 104%
|
|
Investissement
|
1197
|
2945
|
+ 146%
|
|
Frais financiers et amortissements
|
188
|
0.5
|
-100%
|
|
Total
|
5440
|
10779
|
+ 98%
|
La forte hausse des dépenses hospitalières
maliennes, rendue possible par l’augmentation de la subvention
et de leurs recettes propres, ne se répartie pas de façon
homogène entre les différentes catégories de
dépenses. Les achats de médicaments et consommables
ainsi que l’investissement ont profité de cette hausse
des ressources disponibles. Malgré une hausse des effectifs,
les dépenses en personnel ont augmenté dans une moindre
proportion. Les dépenses de maintenance progressent aussi
relativement peu. Dans un contexte de fort investissement, elles
devraient pourtant connaître une hausse importante pour favoriser
la pérennité des investissements effectués.
Cependant, on peut penser qu’il existe un certain temps de
latence entre investissement et maintenance. Seules les dépenses
consacrées aux frais financiers et amortissement diminuent
mais cette situation est sans doute due à l’absence
de prise en compte de cette catégorie de dépenses
dans les comptes de la plupart des hôpitaux (seuls les hôpitaux
de Kati, Kayes et Mopti signalent des dépenses d’amortissement
pour 2004.) Cependant, le maintien des capacités de soins
de l’hôpital, dans une vision de moyen et long terme,
passe par le financement pour renouveler des investissements réalisés.
Sans amortissements, les hôpitaux sont fragiligés car
le renouvellement de leur outil de production dépend uniquement
de financements extérieurs aléatoires.


Ministère
de la Santé et de la Prévention médicale, République
du Sénégal (2003), Rapport 2003 sur le financement
de la santé
Les
données financières sont issues :
- Pour la Guinée : rapport Réforme
hospitalière et financement de l’hôpital, Ministère
de la Santé 2004.
- Pour le Mali : Agence Nationale d’évaluation
des hôpitaux, Ministère de la Santé
- Pour le Sénégal : La réforme
hospitalière 6 ans après.
Corrigée
pour l’inflation, déflateur de PIB des World development
indicators.
Sur
ce point, voir
Avantages et limites des différentes formes de tarification
(ppt)
Corrigée
pour l’inflation, déflateur de PIB des World development
indicators.
Réforme
hospitalière et financement de l’hôpital, Ministère
de la Santé 2004.
Sources :
Mali : Agence Nationale d’Evaluation des hôpitaux,
Ministère de la Santé Guinée : Annuaire
statistique 2003
Burkina Faso : Rapport d’évaluation de la performance
hospitalière, Ministère de la santé 2004
Sur
ce point, voir Mieux
piloter l’hôpital, les tableaux de bord.(Guides
en organisation hospitalière)

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