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Intervention en faveur des enfants associés aux groupes armés*
1. Comment empêcher le recrutement des enfants soldats?
La meilleure façon - et de loin la plus humaine - de s'occuper des enfants dans une situation de conflit est d'empêcher leur enrôlement dans les forces armées. Etant donné que la réhabilitation et la réinsertion sociale des enfants qui ont souffert de cette exposition extrême sont à la fois onéreuses et difficiles, l'approche préventive mérite beaucoup plus d'attention que celle que l'on lui accorde présentement.
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Créer des réseaux de protection des enfants - L'ONG Save the Children UK a tenté une expérience avec les Réseaux de Protection des Enfants en République Démocratique du Congo, impliquant une vaste gamme de partenaires locaux. Ces réseaux essaient d'empêcher le recrutement en négociant avec les groupes armés locaux et en facilitant le repérage des familles des enfants séparés qui sont très vulnérables au recrutement. Au Sri Lanka, Save the Children UK a fourni une assistance dans l'organisation de 315 comités villageois et 15 comités divisionnaires pour mener une campagne de sensibilisation sur les droits de l'enfant. Les enfants représentent 40% des membres de ces comités. (Voir également Reseaux Communautaires de Protection des Enfants, et les pages 19 à 22 de Rentrer à la maison : Démobilisation et réintégration des enfants soldats en République Démocratique du Congo [NB: anglais!])
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Empêcher les séparations des familles et réunifier les enfants séparés avec leurs familles - Les enfants séparés sont très vulnérables au recrutement dans les forces militaires. Au cours des conflits, de telles séparations sont très fréquentes. Pour cette raison, il est essentiel que les programmes de repérage de familles soient financés au plus tôt. Pour réussir les programmes nécessitent une étroite collaboration entre un réseau d'ONG, le gouvernement et les agences des Nations Unies. Ces programmes ont tendance à être très coûteux et il serait préférable de les confier à des agences spécialisées comme le CICR, l'UNICEF et Save the Children.
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Proposer des alternatives économiques à l'enrôlement dans les forces combattantes - Lorsque les forces combattantes paient les enfants pour qu'ils rejoignent leurs rangs, certaines familles voient en cela une meilleure option pour l'économie de leur ménage, et pour certains enfants, le fait d'intégrer les forces combattantes représente une alternative alléchante face à l'impuissance et à la misère de la campagne ravagée par le conflit. Ainsi, des programmes bien ciblés de la Banque qui cherchent à s'attaquer aux causes profondes de la pauvreté et à offrir aux ménages pauvres des alternatives économiques peuvent de manière indirecte, aider à empêcher l'enrôlement de certains enfants dans les forces armées.
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Proposer aux enfants des alternatives éducatives - Les enfants qui ne sont pas scolarisés courent un plus grand risque d'être recrutés. Les écoles peuvent également éduquer les enfants sur leurs droits et sur les risques de s'engager dans une force combattante. En même temps, les écoles peuvent aussi constituer des cibles potentielles des recruteurs militaires.
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Délivrer aux enfants des actes de naissance et des pièces d'identité - Un acte de naissance peut permettre aux enfants de prouver qu'ils n'ont pas encore atteint l'âge de 18 ans et donc ne sont pas légalement éligibles à l'incorporation dans une force combattante. Pour les enfants qui ont déjà passé du temps avec une force combattante, la délivrance d'un document officiel de démobilisation est essentiel pour empêcher un autre recrutement.
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Plaider auprès du gouvernement ou d'autres autorités compétentes pour renforcer la protection des enfants - Tout en soutenant les initiatives pratiques au niveau local, les agences doivent faire du lobbying auprès des instances compétentes au niveau national et international pour qu'elles assument leurs responsabilités en matière de protection des enfants.
2. Qu'implique la démobilisation des enfants associés aux groupes armés ?
La démobilisation implique le désarmement et l'enregistrement des anciens combattants, la réception de documents officiels de libération, une certaine forme d'assistance pour faciliter la transition à la vie civile et le transport des personnes démobilisées vers la communauté de leur choix. S'agissant des enfants, le processus implique la vérification de leur appartenance à une force combattante, l'établissement de leur identité pour les besoins de repérage de familles, l'évaluation de leurs besoins et la préparation au retour vers leur famille et leur communauté. Puisque la plupart des enfants faisant partie des forces combattantes sont engagés dans des opérations de soutien, et non de combat, il n'ont pas besoin de porter des armes pour être démobilisés. Les défenseurs des enfants recommandent que les enfants qui ont fait partie de groupes armés soient immédiatement déplacés dans un endroit séparé loin des soldats adultes, afin de les éloigner de l'influence de ces derniers. Tout comme les adultes, il faudrait que les enfants reçoivent des documents formels de démobilisation symbolisant la rupture avec le passé et constituant également le récépissé pour obtenir un soutien pour une réintégration transitoire. Tout paquet d'avantages pour la réintégration doit être équitable aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Les besoins et vulnérabilités spécifiques des filles affiliées aux groupes armés, y compris celles qui ont été victimes d'exploitation sexuelle par les combattants, doivent être pris en compte dans l'élaboration de programmes de désarmement, de démobilisation et de réhabilitation (DDR).
Puisque l'utilisation d'enfants soldats est considérée comme un crime de guerre, certains chefs découragent leurs jeunes recrues de participer au processus de désarmement et de démobilisation. Les filles ont moins de chance de bénéficier d'un processus DDR, puisqu'elles combattent rarement et sont plus faciles "à oublier" (voir "From Combat to Community: Women and Girls of Sierra Leone " et "Child soldiers: What about the girls?" [NB: anglais!] ). Ainsi, les agences chargées de la démobilisation peuvent avoir besoin de stratégies d'information pour donner aux enfants soldats l'occasion d'être démobilisés de façon formelle. Les réseaux et coalitions de parents ont fait preuve d'efficacité dans les négociations avec les commandants pour obtenir la libération des enfants engagés dans un conflit armé.
Pour s'assurer que les intérêts des enfants sont pris en compte dans le processus DDR, la Banque mondiale et ses interlocuteurs dans le gouvernement devront clairement s'engager à :
- inclure les enfants dans le processus DDR, et donc à libérer et à réintégrer les garçons et les filles;
- mettre fin au recrutement trans-frontalier d'enfants, et à démobiliser les enfants d'autres pays engagés dans le conflit ;
- ne pas persécuter les enfants simplement pour leur engagement dans les forces combattantes, et à assurer des systèmes de justice juvénile appropriés en faveur des enfants accusés d'avoir commis des crimes de guerre ;
- inclure activement les agences de protection des enfants et leurs homologues dans le gouvernement dans le cadre de la démobilisation et de la réintégration des enfants, en définissant clairement les rôles et les responsabilités de chacun des partenaires ;
- soutenir les domaines clés tels que l'éducation, la protection des enfants et la justice juvénile ;
- fournir un financement adéquat pour soutenir la réintégration des enfants dans leur communauté à long terme.
Les agences chargées de prendre en charge les enfants soldats démobilisés devront prendre les dispositions nécessaires pour les accueillir, notamment :
Conseils pratiques pour la conception des centres de transit
Pendant la période entre la démobilisation des enfants et leur réintégration dans leurs communautés, les enfants doivent normalement passer quelque temps dans des centres de transit. L'objectif de ces centres est de faciliter le retour de l'enfant dans la famille et la communauté. On trouvera ci-après "Des enfants - Pas des soldats - Lignes directrices pour le travail avec les enfants soldats et les enfants associés aux
forces combattantes" de Save the Children UK:
Services
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Les activités socioéconomiques, y compris la formation professionnelle, devraient être basées sur la communauté plutôt que sur une activité spécifique des centres de transit. Il est important, toutefois, que la formation professionnelle soit adaptée aux structures de demande locales, afin que les enfants ne soient pas éduqués pour devenir chômeurs ou pour rejoindre un marché professionnel congestionné où le rendement marginal est déjà mince. En revanche, on peut donner aux parents de l'enfant des outils afin qu'il/elle puisse les aider dans les travaux champêtres ou d'autres activités productives qui sont faisables au niveau communautaire.
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Les centres de transit devraient fournir des conditions de vie (literie et repas par exemple) qui sont similaires à celles qui existent dans les communautés de l'enfant.
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Pas de séjour minimum - on ne devrait pas obliger les enfants démobilisés à séjourner dans les centres de transit pendant une période spécifique. Il faudra investir des ressources dans l'élaboration des solutions alternatives telles que le placement en famille d'accueil des enfants plus jeunes qui ne peuvent pas être réunis avec leur famille à court terme.
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Les centres de transit devraient fournir des soins de santé primaires et s'arranger avec les cliniques locales ou les hôpitaux pour satisfaire les autres besoins sanitaires.
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En plus des besoins fondamentaux, les centres de transit devraient organiser des activités sociales, culturelles, récréatives, sportives et éducatives. Les thèmes devraient privilégier la gestion de conflits, l'éducation pour la paix et la préparation à la participation dynamique de la vie active. Les activités d'alphabétisation, de formation et de rattrapage devront être adaptées à un calendrier informel et aux niveaux des enfants.
Partenaires
- L'analyse au niveau local du choix de partenaires pour les centres de transit devrait inclure les autorités locales (le Ministère des affaires sociales notamment) et les ONG locales. Les questions clés à considérer comprennent ce qui suit :
- Existe-t-il assez de partenaires locaux pour organiser plusieurs centres de transit plus petits ou est-il plus réaliste de signer un contrat avec une organisation pour gérer un grand centre de transit ?
- Comment le travail des centres de transit peut-il être intégré dans la réinsertion et l'action à plus long terme en faveur de toutes les catégories d'enfants vulnérables ?
- Des mécanismes de coordination clairs au niveau opérationnel sont nécessaires à l'échelle provinciale entre les acteurs opérationnels. La collaboration est particulièrement cruciale entre les divers acteurs, le CICR et le réseau de repérage de familles. L'élargissement des réseaux de repérage de familles devrait être axé sur le rôle géographique des organisations communautaires.
Dotation en personnel
- En sélectionnant du personnel pour les centres de transit il faudrait mettre l'accent sur l'expérience et l'aptitude à travailler avec des enfants plus âgés. Une formation spécifique devrait être assurée avant l'ouverture du centre.
- Les dispositions en matière de dotation en personnel devraient viser un ratio de 1 agent pour 10 enfants et devraient s'efforcer d'établir une relation constante entre les membres du personnel et les enfants.
- Il faudra également envisager du personnel en disponibilité et des partenariats avec les organisations locales en vue de fournir certaines activités dans le cadre du recrutement et de la formation du personnel.
- La préparation des centres devrait inclure la discussion avec la communauté sur l'action du centre et la manière dont les activités et l'interaction entre le centre et la communauté contribuent à la réintégration sociale des enfants.
Réintégration des enfants soldats : une approche communautaire
Dans une situation post-conflit, les enfants soldats ne sont pas les seules victimes. Souvent, les communautés des vastes régions du pays sont détruites par des années de violence. Les résidents communautaires soit deviennent des personnes déplacées à l'intérieur du pays ou des réfugiés dans un pays voisin, soit restent dans la communauté tout au long du conflit. Les infrastructures communautaires sont détruites soit par la violence, soit par des années sans entretien. Les familles de retour dans leurs régions d'origine sont souvent confrontées au défi de rebâtir leur vie en partant de rien - en reconstruisant leurs maisons, en défrichant leurs terres agricoles et en acquérant des ustensiles de cuisine et des outils agricoles de base. Dans ce contexte, les enfants soldats qui rentrent ne sont pas considérés comme les membres les plus vulnérables de la communauté, et leur réintégration devrait être assurée par une approche à base communautaire plutôt que par des mesures individuellement taillées sur mesure.
Les éléments clés d'une approche communautaire de la réintégration sont :
- La réunification
familiale ou une autre disposition appropriée de placement dans la
famille élargie ou dans une famille d'accueil ;
- Le soutien social,
notamment le rôle des membres de la communauté en matière de conseils,
de médiation et de facilitation de la réintégration ;
- Les opportunités
de participer à la vie civile, y compris:
- l'éducation
par des études scolaires (des cours de rattrapage et préparatoires
dispensés dans les centres de transit en vue de faciliter cette approche)
ou plus probablement, par l'alphabétisation informelle ou les opportunités
d'apprentissage accéléré ;
- les activités
économiques ou activités axées sur les moyens d'existence, adaptées
au niveau de l'enfant et de sa famille ;
- La formation
professionnelle devrait être envisagée avec circonspection. Souvent,
les réalités du marché ne sont pas prises en considération dans la
conception de tels projets. En outre, de telles initiatives nécessitent
un coût par enfant relativement élevé ;
- Les activités
de réintégration des enfants soldats devraient être liées aux projets
de développement conduits par les communautés et conçus pour bénéficier
à des communautés entières, plutôt que comme une sous-composante des
projets DDR. Si le projet de réintégration des enfants soldats est
le seul programme d'aide dans une communauté dévastée par la guerre,
il pourra susciter la jalousie et servir à marginaliser les jeunes
qu'il cherche à réintégrer ;
- Les activités
en faveur des enfants démobilisés devraient être intégrées dans celles
destinées à tous les enfants vulnérables. Par exemple les ménages
avec des OEV (orphelins et enfants vulnérables) pourraient être ciblés
pour bénéficier de certains avantages spécifiques, tels que la dispense
des frais scolaires ou la participation à un petit projet d'élevage
renouvelable ;
- Des visites
de suivi de trois mois auprès des enfants démobilisés et de leurs
familles et communautés s'avèrent nécessaires. Ceci peut être fait
de manière efficace par le biais des réseaux communautaires de protection
des enfants décrits ci-dessus.
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*Les recommandations formulées dans cette section sont tirées essentiellement des deux documents publiés par Save the Children UK: Going Home: Demobilizing and reintegrating child soldiers in the Democratic Republic of Congo, 2003 et McConnan, Isobel and Sarah Uppard, Des enfants - Pas des soldats - Lignes directrices pour le travail avec les enfants soldats et les enfants associés aux forces combattantes, 2001.
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